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À NU PARIS - EXTRAITS

NOTRE-DAME DE PARIS

À NU PARIS

Ces textes courts, cette balade poétique et déjantée invitent à arpenter les rues de Paris en même temps que les méandres de l’amour d’un homme accompagné de son chien, à la recherche de Lola qu’il finit par rencontrer.
Aux croisements, des lieux et des impressions s’entrelacent dans ce récit unique.

En librairies le 8 octobre 2019.

Couverture et illustrations par Louise Hourcade

https://www.louisehourcade.com

160 pages en couleur- Format 14X21 – Broché – couverture à rabats
Prix : 16,90 €

EXTRAITS

NOTRE-DAME DE PARIS

Je veux de l’intimité avec Notre-Dame. Un coin vierge. Sa célébrité a épuisé ses pierres. On a jeté sur la place publique notre histoire. J’avais des secrets à lui confier dans l’ombre. Des mots pour nourrir les gargouilles. Les écrivains, les peintres l’ont déshabillée. Esmeralda l’a mise à nu. La foule, la gloire, les âmes du passé encombrent la tête de ceux venus la contempler. Lui parler tout bas. Partager un doute dans sa tête. Alors un jour elle est partie. Faire un break. Un touriste chinois   a prévenu la police. Au commissariat, on ne comprenait pas bien.

Moi je savais. Ce monde en short. Je sentais bien qu’elle doutait. Elle ne savait plus si elle croyait. Elle ne voulait plus faire carte postale. Elle rêvait d’un champ couvert de pivoines, loin de Paris. Elle voulait offrir le silence à ses voûtes, l’horizon à ses arcs-boutants. Un promontoire, pour donner une belle vue aux gargouilles. Elle ouvrirait ses portes le matin. Les vitraux peindraient des tâches de couleur sur le sol. Le bourdon embrasserait la crypte sous les ogives. Traversant la nef, vêtue d’une robe blanche, Notre-Dame s’agenouillerait. Levant les yeux vers le ciel, elle demanderait à ce pèlerin, venu sans pinceau, sans appareil photo, de la confesser.

MÉTRO

Ce qu’il y a de plus beau dans le métro, ce sont les tickets. J’en achète des dizaines. De toutes les couleurs. Le soir, je m’installe au milieu de mon salon et je les jette en l’air. Je danse sous la pluie multicolore. Toute la ville défile devant mes yeux. Sur chaque bout de papier, tourbillonne une station, un quartier. Quand ils retombent, ils plantent des graines dans mon plancher. Alors des monuments apparaissent. Une petite tour Eiffel tend la tête, un Sacré Cœur braille et part vers l’escalier. Puis mon plancher 

s’ouvre en deux. La Seine apparaît. Me voilà emporté. Je la saisis par le cou, et je l’enferme dans la salle de bains. Je l’entends jouer dans la baignoire, s’esclaffer. Pour revenir en arrière, j’emprunte le pont Neuf. Je me change dans un mini BHV. Les tailles sont petites, il est encore tôt. J’ai du mal à entrer dans mes souliers. Des odeurs de cuisine sortent de l’Ambroisie. Du coup, avec mon chien, on a un creux. Dans un pot de fleurs naît un petit bois de Vincennes. C’est coquet. Mon ficus n’a pas l’air d’aimer. Il me dit que plus tard, il sera acacia, peuplier. J’ai toujours su que c’était un ambitieux. Je me fais un sandwich en regardant des coureurs. Ils font le tour du ficus, tout essoufflés. Mon chien en avale un ou deux au passage. Une contractuelle passe. Une de mes pantoufles est mal garée. Je suis un peu embêté.

LIB'

J’ai pris ma carte Piedlib’. Après tout c’est plus simple pour se déplacer. Ce matin je choisis mes chaussures. Je signale les usées par un petit noeud aux lacets. Ce n’est pas très coûteux. Je ne compte pas mes pas. Dans la rue, je croise d’autres usagers. L’idée a l’air de prendre. Nous discutons du système. Des chaussures parfois mal rangées. Du partage de la chaussée. Je prends des sens interdits, en guettant la police. Je grille parfois les feux, sans abuser. Paris est un prétexte. Les rues, une excuse pour siffloter. Les croisements, pour remonter ses chaussettes, un peu souffler. Plus personne ne prend les ponts pour traverser la Seine. On s’y embrasse, l’abonnement inclut les baisers. Bien sûr, nous sentons la menace. Celle des Autolib’, des Vélib’, des Motolib’. Il n’y a pas assez de place pour toutes ces libertés. Je croise un passant, qui me dit de laisser tomber. Il me parle d’un système de déplacements dans la tête. Des idées, larges comme des avenues, dans lesquelles je ne m’étais jamais engagé. Quand ils ont assez réfléchi, les usagers laissent leurs idées sur des petits papiers. On peut les prendre, suivre leur chemin. Certaines sont difficiles à extraire de leur système, d’autres déjà éculées. J’en enfourche une, très belle. Je remonte un argument, pour m’y sentir plus à l’aise. Puis je parcours la ville, en penseur lib’.

LOLA À MONTMARTE

Ta beauté a du rythme depuis la rue Custine. Non, je ne sais pas où nous sommes. Un peu perdus. On se croirait à la campagne, tu ne trouves pas ? La colline est plus escarpée, nous sommes au Sud. Tu sais, je pense à ta peau ce matin. L’oreiller conquis par tes cheveux. Ta bouche inconsciente. Tu aimes Satie toi aussi ? Oui, c’est un peu mélancolique. À écouter seul, certainement. Tu crois que le Lapin Agile existe encore ? Oui, ce moulin. Un mot d’amour pour la ville. Ce quartier comme un sanctuaire. Tu as vu comme ce mot reste en l’air ? Sanctuaire. Essaie de l’attraper avec la langue. La tienne est douce comme du mohair. Tu crois qu’il y a des âges où on laisse filer l’amour ? C’est le danger quand on est trop heureux. Ou trop malheureux. Quoi, c’est une remarque de balance ? Et toi, tu es de quel signe ? Lion ? Ah ça ne va pas du tout ! Regarde, c’est un cerisier. Il doit avoir un

siècle. Il a vu des guerres. Des Allemands ont mangé ses fruits. Des communards. Oui, des merles aussi. C’est généreux un arbre. Il a dû souffrir du bruit. De la mitraille. De la pollution aujourd’hui. À vingt ans ? On jouit. Sur le moindre sujet on a un avis. Sans rien connaître on vocifère. Embrassons-nous sur ce banc. Petit cerisier. Nous on est là pour mille ans.